Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 20:19

11 milliards $ - 5200 $ = ERROR

 

Après une très longue absence, un ami – en fait, il s’agit d’une amie mais qui ose le dire ouvertement pourtant nous sommes tous des khoya (mon frère) et des khti (ma sœur) !! –, IL m’a appelé alors au téléphone pour me demander si c’est vrai que l’État sans âme algérien compte réellement octroyer une prime pour les chômeurs. Je lui ai répondu que j’avais lu il y plus d’un mois un titre en gros caractères dans un journal qui annonçait une telle chose mais que je n’avais pas un excédent de temps pour le gaspiller dans la lecture d’une telle SUPERCHERIE. IL m’a traité de jaloux et d’égoïste, je l’ai trouvé tout simplement naïf.

LE pauvre, et d’après sa voix, IL était très heureux parce qu’IL allait recevoir une prime, LUI qui détient un diplôme depuis trois ans et qui, à l’exception de quelques petits jobs, IL n’a jamais travaillé dans un poste permanent. Et s’IL n’a jamais réussi à en trouver un, ce n’est pas parce qu’IL n’est pas compétent (toujours parmi les premiers durant toute sa scolarité) mais c’est un peu la faute à « elle-n’est-pas-belle » ainsi qu’à sa dignité. La première le prive du potentiel de séduction. La seconde l’interdit de céder ou de se soumettre au droit de cuissage.

Je lui ai demandé de ne pas prendre la chose au sérieux et de ne pas attendre une telle charité qui ne viendrait peut-être jamais, et même si elle viendrait, il va falloir retrousser ses manches pour pouvoir l’arracher. Malheureusement, IL n’a pas le bras long et, partant, IL n’aura pas de manches à retrousser. Je lui ai beau expliquer que même si Ouyahia & Co. envisagent réellement d’entrouvrir le robinet et de laisser échapper cette goutte-prime, il y aura sans l’ombre d’un doute mille-et-trente-neuf conditions « ta’ajizya » du genre: une expérience de cinq ans minimum en tant que… chômeur ; trente-neuf témoins pour le prouver (N.B. les témoins eux aussi doivent être chômeurs)… Je lui ai dit qu’IL a sacrément intérêt à persévérer et à continuer de chercher LUI-même un boulot, que malgré l’iniquité absolue dans laquelle nous vivons quotidiennement, il y a toujours une bonne âme qui lui tendra la main-bouée et qui lui reconstituera tôt ou tard son droit. Entier de surcroit. Avant de raccrocher, IL m’a traité d’idéaliste, d’envieux et d’égoïste. Je l’ai trouvé tout simplement naïf.

Je l’ai rappelé et IL n’a décroché qu’après une grande insistance. Je l’ai prié de bien vouloir m’excuser pour ce malentendu. Je lui ai beau expliquer encore une fois qu’en apparence, c’est magnifique comme idée de venir en aide aux gens et de donner de l’argent à quelqu’un qui ne travaille pas mais cela frise le ridicule,  voire le non-sens quand on sait qu’il y a des enseignants qui travaillent depuis des lustres et qui n’ont pas encore touché le moindre sou de leur propre salaire. Un salaire qu’ils méritent, le fruit de la sueur de leur front et de la douleur de leurs cordes vocales. Ce n’est pas quelqu’un d’autre qui me l’a raconté, je ne l’ai pas lu dans un journal. Je le vis moi-même et je parle en connaissance de cause.

Je lui ai fait savoir que cela fait neuf mois (et j’ai entamé le dixième) depuis que j’ai commencé ma carrière professionnelle en tant que professeur d’enseignement secondaire de français et que j’attends toujours ma paie et mon rappel. Je ne voulais pas lui parler de la prime des sept mois de formation que nous avons faite. Je lui ai tout simplement parlé de mon droit que j’attends avec impatience, une impatience qui commence à se transformer en une rage de fou !

J’ai vingt-cinq ans et, ô scandale, je vis toujours avec mes parents. Mon père trouve que c’est tout à fait anormal qu’il continue de me donner de l’argent. Ma mère en a vraiment sa claque de le faire à son insu. Situation oblige, je suis devenu un corvéable à merci et cela au détriment même de ma santé et surtout de ma dignité et de mon statut. Je profite du week-end non pas pour me reposer ou pour préparer mes fiches techniques de la semaine mais pour bosser dans un cybercafé ou comme receveur dans un bus de transport. Mon travail au cybercafé est acceptable et il m’arrange beaucoup mais celui de receveur est…je ne sais quoi dire. Je l’ai accepté malgré moi, je n’ai pas trente-neuf choix.

J’ai expliqué à mon AMI que je ne suis pas le plus à plaindre, je suis célibataire et je peux vivre une vie somptueuse avec… 200 D.A. par jour (oui, je sais que ce billet est trente-neuf fois rien de nos jour mais cela reste toujours une fortune pour un enseignant), mais si je suis enragé c’est parce que je pense beaucoup plus à des collègues qui sont mariés, à ceux qui ont des enfants à leur charge, à ceux qui doivent payer trois ou quatre factures chaque fin de mois. De grâce, que peut faire un enseignant avec « walou » dans les poches ? Que peut faire un enseignant qui est tout le temps humilié par les propos de ses élèves qui, de bonne foi, lui demandent de changer sa chemise car il la porte depuis la rentrée ?

Mon AMI m’a demandé de baisser ma voix et de me calmer. Je me suis excusé et je lui ai fait comprendre que ce qui a suscité beaucoup plus mon indignation, ce ne sont pas les chinoiseries de la fonction publique (qui refuse de viser nos dossiers et accuse les fonctionnaires ignares de l’académie de l’éducation) ou le laxisme de l’académie de l’éducation (qui accuse le pharaon autocratique de la fonction publique), mais ce sont les propos de notre indétrônable ministre de l’éduction qui déclare fièrement que le budget de son ministère est de onze (11) milliards de dollars ! C’est le bouquet ! Le comble des combles! Une chose « ma’hasalitch » (du jamais vu): je travaille au milieu de onze milliards de dollars et c’est toujours ma miséreuse mère qui vole de l’argent à mon lamentable père pour qu’elle le file à son miteux de rejeton !!

Face à cette situation et n’en pouvant plus, j’ai décidé de réagir. Je ne vais pas barrer la route, je ne brûlerai pas des pneus (ou la mer), je n’écrirai pas une lettre ouverte (on n’a pas assez de temps pour lire un journal quand on gère onze milliards de dollars) et je n’envisage pas non plus une grève de la faim (je suis anémique et je ne saurais pas résister trop longtemps) mais tout ce que je peux faire est de ne rien faire… mais en classe. J’appellerai cela « faire l’école buissonnière tout en étant présent au lycée ». Eh ouais, quand on ne peut pas arracher la lune, on crache par terre et on cogne les cailloux. Je ne peux rien faire aux ignares de l’académie de l’éducation ou au pharaon de la fonction publique, je ne puis viser plus haut car le ministre est intouchable, mais je peux viser un peu bas. Navré mes potaches, je ne vais plus rien faire avec vous. Navré, moi aussi il me faut une victime. S’il vous plait, ne me regardez pas avec vos mirettes adorables, je ne supporte pas le regard des innocent ! S’il vous plait, ne me parlez pas de la conscience ou de mon image de marque, ils sont le fœtus (pour ne pas dire le cadet) de ses soucis quand on a faim. Navré, vous serez grands et vous comprendrez !

 

Par Semaane Djellal Eddine
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Dimanche 25 septembre 2011 7 25 /09 /Sep /2011 23:21

             Per molto tempo ho creduto che per me fosse più facile ingoiare l'acqua dei cinque oceani che scribacchiare una semplice frase! Leggevo romanzi, novelle e anche delle semplici cronache giornalistiche e alla mia mente si ponevano sempre le stesse domande ricorrenti: ma che cos'ha in testa chi scrive? Ce la farò anch'io un giorno non dico a scrivere ma almeno ad abbozzare una semplice lettera?


             Solo di recente, nel provare a mettere qualcosa sulla carta - sicuro di essere ancora molto lontano dalla scrittura - mi sono reso conto che per diventare uno scrittore è sufficiente... scrivere! E non parlo della scrittura automatica dei surrealisti... È semplice come dire buongiorno! È sufficiente mettercisi, soffrire un po' con la prima frase e magari anche con la seconda e il resto segue automaticamente. Ho scoperto anche che scrivere è un mestiere, un lavoro che richiede molti sforzi. René de Obaldia diceva che  «il romanziere lavora, mentre il poeta soffre».
             Riconosco di non essere ancora arrivato a scrivere un capolavoro, e nemmeno dei testi eccellenti, e che i miei scritti contengono magari degli errori - forse persino degli spropositi - ma so che scrivendo ho imparato parecchie cose e mi sono corretto di decine di altri errori che commettevo prima. Ora so che non mi ci vuole più un'eternità per terminare un paio di pagine, che mi basta un'ora per esprimere quello che penso e per scrivere un testo più o meno accettabile. So che d'ora in poi è solo questione di pratica continua, e che Yasmina Khadra non ha detronizzato Kateb Yacine dal titolo di prodigio della letteratura algerina da un giorno all'altro. L'aveva anche confessato a Thierry Galdeano,  dicendogli che solo dopo otto romanzi era arrivato a quel livello di professionalità.
             Esercitandomi a scribacchiare ho scoperto che gli scrittori non posseggono qualità specifiche rispetto agli altri esseri umani, che la loro materia grigia non ha trentanove colori ma è grigiastra, appunto, proprio come la nostra; che non sono dei profeti e che non ricevono rivelazioni divine. Molto semplicemente si siedono a un tavolo o al computer, si ispirano alla società nella quale vivono o a quella di altri scrittori o ad entrambe, leggono molto e anche se usano un dizionario a volte soffrono mille morti prima di trovare la parola appropriata che stanno cercando...

 

             Esercitandomi a scribacchiare posso concludere che scrivere è «un dono innato ma coltivato per mezzo di un lavoro incessante e dall'apprendimento permanente di nuove competenze redazionali».

 

Traduit du français par: Mirella Tenderini.


Par Semaane Djellal Eddine
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Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 21:12

 

Par Semaane Djellal Eddine
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Mercredi 24 août 2011 3 24 /08 /Août /2011 13:04

Introduction

     Il est des êtres qui nous sont très chers, une mère est indubitablement irremplaçable. Qui d’entre nous – à moins qu’il soit inhumain – n’éprouve pas un amour ardent et spontané à sa génitrice, à celle qui l’a engendré après neuf mois de souffrance, de douleur et d’attente. Toute personne ressent un attachement indéfectible à sa mère, et par voie de conséquence à la femme car une mère est avant tout une Femme.

         Entre Yasmina Khadra (de son vrai nom Mohammed Moulessehoul) et la femme se tisse un rapport « qui dépasse l’entendement » au point qu’il affirme tout en souriant : « Qu’est-ce que c’est un homme ? Un homme c’est une femme ratée, voilà c’est tout ! » Il aime beaucoup les femmes, dans un amour platonique et sain. Il chérit à la folie son épouse qu’il n’a jamais trahit pendant vingt-cinq ans de mariage. Il reconnaît que c’était la chance de sa vie quand il l’avait épousée, lui âgé de trente-et-un ans et elle de dix-huit. S’il est devenu ce qu’il est aujourd’hui, c’est grâce à elle. Et à ELLE seule ! Avoir une épouse comme la sienne le laisse déclarer fièrement qu’il se sent « le plus veinard » de toute la planète. Il lui doit tout : son succès, sa réussite et l’homme qu’il est aujourd’hui. Son triomphe ne s’explique que grâce à son pseudonyme de Y. K., les prénoms de sa chère épouse. Le choix d’un pseudonyme féminin ne représente pour lui qu’une reconnaissance très infime, mais incontestable, à tout ce que sa femme aurait sacrifié pour lui et pour son bonheur.

     Ainsi, le thème de la femme, et en particulier celui de la mère, est très récurrent dans l’ensemble des œuvres de Y. K. En effet, et dans presque tous ses romans – du moins la douzaine que j’ai déjà lue –, il est souvent question de l’Algérie et des différents sujets d’actualité mais il est aussi question de la femme et de ses multiples conditions de vie.

1. L’ingratitude

      Dans son roman À quoi rêvent les loups, paru en 1999, Y. K. raconte la descente aux enfers d’un certain Nafa Walid qui rêvait de faire carrière au cinéma mais qui se retrouverait au maquis, un barbare sanguinaire tuant des bébés au nom de la religion. À un moment donné de l’histoire, Y. K. met l’accent sur un phénomène triste, un phénomène qui constitue l’apogée de l’ingratitude d’un enfant vis-à-vis de ses parents : celui des gens qui les abandonnent sans état d’âme dans les maisons de retraite.

    C’est l’histoire affligeante de Hajja, une vielle femme délaissée depuis des années dans un asile pour vieux. Malgré ce manque de reconnaissance de la part de sa famille, elle refuse de tomber dans les abîmes du désespoir et elle attend toujours et avidement une visite de la part de son unique fils pour le prendre dans ses bras, écouter sa voix et sentir son odeur. Malheureusement ce fils oublieux ne se présentera jamais et il ne daigne même pas lui envoyer quelqu’un pour la voir et s’enquérir de ses nouvelles. Mais Hamid, le plus fidèle des employés de son petit-fils, se charge de le faire de bonne grâce et à l’insu même de son maitre.

«

         - Si je m’accroche encore à la vie, c’est juste pour retrouver l’odeur de mon enfant. Il est mon unique port d’attache, sur cette île… Non, réagit-elle aussitôt, ne l’inquiétez pas. Je vais bien. Il me tarde seulement d’entendre sa voix, de percevoir son souffle contre mon visage. Je n’ai plus que lui. Je me sentirais moins seule, après. J’aurais moins froid, dans ma tombe, si je partais avec la certitude qu’il va bien. Dans mon sommeil, mon ventre reçoit parfois des coups exactement comme ceux qu’il me donnait lorsque je le portais en moi. Je me réveille en sueur, et je me dis que mon enfant a mal, qu’il lui est arrivé malheur…

         - Je t’assure qu’il va bien, hajja.

         - Je te crois. Tu n’as aucune raison de me mentir. Mais une mère est comme un enfant, elle a besoin de toucher pour en avoir le cœur net. On a fait venir plusieurs fois le médecin à mon chevet. Il a dit que j’étais finie. Je suis déjà partie dans mon esprit, seulement ma chair refuse de suivre. Mon cœur n’est pas rassuré, tu comprends ? Une minute de son temps suffira à mon bonheur. Je m’en irai alors sans aucun regret.

         Elle se retourna. Pour cacher ses larmes. Hamid l’embrassa sur l’épaule avant de se retirer à reculons. Nous regagnâmes la voiture en silence, lui renfrogné, moi tétant une cigarette récalcitrante.

         - Qui est cette femme ? lui demandai-je une fois loin de l’asile.

        - C’est la maman de ton employeur, cher Nafa, la mère du tout-puissant Salah Raja. Elle croupit là-dedans depuis des années, et pas une fois il n’a jugé utile de lui rendre visite. Ce n’est même pas lui qui m’envoie la voir. »

 

         Dans Les Hirondelles de Kaboul, Y. K. parle également d’une autre facette de l’ingratitude, celle de l’indifférence. L’indifférence d’un homme qui vient juste de perdre sa mère et qui n’assiste même pas à ses obsèques. Elle ne représente absolument rien pour lui sauf la femme qui l’a mis au monde. Rien de plus. Un désintéressément qui nous rappelle directement celui de Meursault, le héros de l’Étranger d’Albert Camus.

 «

        - Un cousin à toi m’a raconté que ta mère est une sainte.

        - C’était une femme bien.

        - Elle va te manquer ?

        - Probable, mais je ne vois pas comment. Elle était sourde-muette. Je ne garderai d’elle que très peu de chose, à vrai dire. En plus, j’étais parti très jeune. À douze ans, je courais d’une frontière à l’autre après mon bol de riz. Je rentrais rarement au bercail. Un ramadan sur trois. Ce qui fait que je n’ai pas connu la défunte comme il se devait. Pour moi, c’était la femme qui m’avait mis au monde. Point, à la ligne. J’étais le sixième de ses quatorze gosses, et le moins intéressant. Renfrogné, inabordable, le poing plus prompt que le cri, je trouvais qu’il y avait trop de monde au taudis. Et pas assez d’ambition. D’un autre côté, la défunte était d’une discrétion déconcertante. Le vieux aimait à dire qu’il l’avait épousée pour qu’elle ne discute pas ses ordres. Ça le faisait rire à gorge déployée. Un sacré plaisantin, le vieux. Dur à la détente, mais pas exigeant ni mauvais pour un sou. Il n’avait pas de raison de l’être. Les rares scènes de ménage se déroulaient en silence et l’amusaient plus qu’elles ne le sortaient de ses gonds…

        Ses évocations remplissent son regard d’un lointain miroitement. Les lèvres en avant, il se tait. Il n’est pas triste ; plutôt désappointé, comme si les souvenirs le dérangeaient. Après un long silence, il se racle la gorge et ajoute en se retournant d’un bloc sur sa gauche :

        - C’était peut-être une sainte. Après tout, pourquoi pas ? Elle n’entendait ni ne proférait de vilenies.

        - Une bienheureuse, quoi.

        - Pas à ce point, quand même. C’était quelqu’un de tranquille, sans histoires et sans inimitiés. Pour moi, elle incarnait son sourire, toujours le même, large quand elle est satisfaite, petit lorsqu’on la contrariait. Si j’étais parti trop jeune, c’est sûrement à cause de ça. Avec elle, il me semblait que je m’adressais à un mur.

        Le conducteur penche la tête par-dessus bord pour cracher. Sa salive pirouette dans la poussière avant de se rabattre sur sa barbe. Il s’essuie du revers de la main et dit, sur un ton curieusement enjoué :

        - Je n’ai pas connu ma mère. Elle est morte en me mettant au monde. Elle avait quatorze ans. Le vieux faisait paitre le troupeau à deux pas. À peine pubère. Un peu perdu dans ses enfantillages. Quand ma mère s’est mise à gémir, il n’a pas paniqué. Au lieu d’aller trouver les voisins, il a voulu se débrouiller seul. Comme un grand. Ça a très vite mal tourné. Il s’est obstiné. Et voilà. Il ignore comment j’ai survécu ; pire, il ne comprend pas pourquoi ma mère lui a claqué entre les mains. Ça le travaille encore, après tant d’années et quatre mariages… Elle a beaucoup souffert avant de rendre l’âme, ma mère. Je l’ai pas connue, pourtant, elle est toujours là, à mes côté. Je t’assure que des fois je perçois son souffle sur mon visage. C’est mon troisième mariage en moins d’un an.

        - À cause d’elle ?

       - Non, mes deux premières épouses étaient indociles. Elles n’étaient pas dynamiques et posaient trop de questions.

        Qassim ne voit pas le rapport. Il renverse la nuque sur le dossier et fixe le plafonnier. Au détour d’un virage, Kaboul !... »

 

2. Un espoir de vie

      Dans son roman autobiographique L’écrivain, une enfance algérienne, Y. K. raconte non seulement sa vie de cadet et les jours qu’il a passé dans l’école militaire mais également le déroulement de ses vacances d’été auprès des siens. Des vacances attendues avec l’impatience d’un enfant arraché à l’âge de neuf ans à sa mère et frustré donc de tendresse et de compassion. Des vacances où il retrouve une mère divorcée avec toute une ribambelle d’enfants à protéger et à nourrir. Une mère désespérée car répudiée par un époux coureur de jupons, un mari à la recherche d’une femme moderne et épanouie, une femme qui sait s’habiller à l’occidentale et qui sait surtout séduire. Des qualités que malencontreusement la mère analphabète de Y. K. ne possède pas et ne possèdera jamais vu son origine et ses traditions.

    Néanmoins, et malgré son malheur, elle adopte la même réaction que celle de Hajja d'A quoi rêvent les loups; elle s’obstine, résiste et refuse d’abdiquer. Ses yeux scintillent d’un espoir, un espoir qui s’intensifie à la vue de Mohammed, l’aîné de ses garçons. Contrairement à son désir, elle avait cédé devant la volonté de son mari qui avait décidé d’enrôler son fils dans une école militaire. Elle accepte le sacrifice et elle tient son mal en patience car, pour elle, il est des sacrifices qui valent la peine et qui méritent d’être accomplis. Elle le languit donc pendant des mois et, enfin, il est de retour. Place aux retrouvailles. Des retrouvailles émouvantes que Y. K. décrit dans une scène dans un autre roman Cousine K qui représente un certain Amin, lui aussi cadet, et qui rentre chez lui pour retrouver sa mère :

       « Deux fois, elle est venue dans ma chambre me voir me substituer aux meubles, scandalisée par mon indifférence un jour comme celui-là, le seul jour que le bon Dieu fait bien puisque son rejeton l’a choisi pour rentrer.

       Amin est dans la cour. Superbe dans son uniforme de commandeur. L’altesse de sa carrure occultant et le ciel et la terre.

       Ma mère n’en revient pas. Elle attendait ce moment dans la douleur. Elle en souffre davantage, maintenant qu’il est là. Ses yeux sont accouchement ; ses mains jointes rappellent la Vierge qui prie. Elle n’arrive pas à avancer, ni à reculer.        Elle chavire, tangue, titube ; elle exagère.

       D’un coup, elle se délivre :

       - Mon héros !

       Et elle coule, ma mère, elle cascade ; elle n’est que clapotis, ressacs, flots écumants. Ses mains – d’habitude rétives, distantes – ses mains sont rivières, ses bras fleuves ; ma mère est océan.

       Ils courent l’un vers l’autre, se rentrent dedans. Comme deux comètes. Dans une collusion spectaculaire dont l’onde de choc fait reculer les murs, la colline et l’horizon pour assainir autour d’eux.

       - Mon chéri…

       - Ma mère…

       - Mon héros…

       - Maman…

       - Mon chéri…

       - Ma mère…

       - Mon héros…

       - Maman… »

 

    Cette scène incarne à merveille et avec beaucoup d’émotion tout l’amour que puisse ressentir une mère à la rencontre d’un fils longtemps absent. Elle constitue aussi l’espoir que porte chaque mère sur l’ainé de ses enfants.

 

Conclusion

    Je peux terminer en disant beaucoup de choses sur la place de la mère et son rôle capital dans la vie des personnes mais je préfère laisser ces deux passages, extraits du roman À quoi rêvent les loups, faire l’affaire et conclure mon texte:

 «

       - Elle s’appelle comment ?

       - Qui, madame ?

       - Votre maman.

       - Wardia.

       - L’aimez-vous ?

       - Bien sûr.

[…]

       - Prenez soin de vos parents. Un rien pourrait leur briser le cœur. Des enfants convenables, ça existe encore, je n’en disconviens pas. Je tiens seulement à ce que vous sachiez qu’une mère, aussi désagréable soit-elle, est sacrée. Qui la blesse ou l’ignore est maudit. Le ciel lui tournera le dos à jamais.

       Sa main échoua sur mon épaule.

       - Me suis-je bien fait comprendre ?

       - Oui, madame.

       - Je l’espère. »

[…]

       « Tu es Femme, Hanane. Te rends-tu compte de ce que ça signifie ? Femme. Tu es Tout : l’amante, la sœur, l’égérie, la chaleur de la terre, et la mère, as-tu oublié ? La mère qui a porté l’Homme dans son ventre, qui l’a mis au monde dans la douleur, lui a donné le sein, la tendresse, la confiance, qui l’a assisté dans ses tout premiers balbutiements, ses tout premiers pas… toi, la mère immense, le premier sourire, le premier mot, le premier amour de l’homme. »

 

 

 

sdje39MOTHER

 

Par Semaane Djellal Eddine
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Lundi 22 août 2011 1 22 /08 /Août /2011 18:33
           Longtemps, j’ai cru que boire la mer des cinq océans était plus facile pour moi que de gribouiller le moindre paragraphe ! Je lisais des romans, des nouvelles et même de simples chroniques journalistiques et les mêmes questions récurrentes revenaient pour me taillader l’esprit : mais qu’est-ce qu’ils ont dans la tête ceux qui les ont écrit ? Pourrais-je un jour arriver à faire autant et à griffonner (pour ne pas dire écrire) ne serait-ce qu’une lettre de motivation ?
           Ce n’est qu’en m’essayant au tkharbich* – certain que je suis encore très loin de l’écriture – ces derniers temps que je me suis rendu compte que pour devenir un écrivain, il suffit…d’écrire (Et je ne parle pas de l’écriture automatique des surréalistes ;-). C’est simple comme salam a’alikom** ! Il suffit de s’y mettre, de souffrir un peu avec la première phrase et éventuellement avec la deuxième et le reste s’ensuit machinalement. J’ai découvert également qu’écrire est un métier, un travail et moult efforts déployés. René de Obaldia ne disait-il pas que « le romancier travaille, tandis que le poète souffre ».
 
           Je reconnais que je ne suis pas encore parvenu à écrire des chefs-d’œuvre, encore moins de bons textes et que les récits que je rédige contiennent des fautes, peut-être même qu’ils seraient grouillants de bourdes irrémissibles mais je sais qu’en les écrivant, j’ai appris pas mal de choses et j’ai corrigé des dizaines d’autres fautes que je commettais bêtement auparavant. Je sais maintenant qu’il ne me faut plus une éternité pour terminer deux pages, qu’une heure me suffit largement pour dire ce que je pense et écrire un texte plus au moins acceptable. Je sais dorénavant que c’est une question de pratique continuelle, que ce n’est pas du jour au lendemain que Yasmina Khadra a détrôné Kateb Yacine de son titre du monstre de la littérature algérienne. D’ailleurs, ne l’avait-il pas avoué à Thierry Galdeano en lui affirmant qu’il lui avait fallu huit romans avant d’atteindre la maitrise de ce dernier.
            En m’essayant au gribouillage, j’ai découvert que les écrivains n’ont rien de spécifique par rapport aux autres êtres humains, que leur matière grise n’a pas trente-neuf couleurs et qu’elle est grisâtre exactement comme la nôtre, qu’ils ne sont pas des prophètes et qu’ils ne reçoivent pas des révélations divines. Ils se mettent tout simplement à table ou devant un ordinateur, ils s’inspirent soit de la société dans laquelle ils vivent soit d’autres écrivains, isoit des deux ensemble, ils lisent beaucoup et, même s’ils utilisent des dictionnaires, il leur arrive parfois de souffrir mille morts avant de tomber sur le mot approprié…

          En m’essayant au gribouillage, je peux conclure qu’écrire est « un don inné mais cultivé et entretenu par un travail incessant et par l’acquisition permanente de nouvelles compétences rédactionnelles. »

* Gribouillage.
** Paix divine soit sur vous !

Saha ftourkom !

sdje39MOTHER
Par Semaane Djellal Eddine
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  • Étudiant en deuxième année Magistère Français à l'Ecole Doctorale Algéro-Française de Batna (EDAF). Enseignant vacataire à l'université de Sétif! Enseignant au Lycée...
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